Notre contribution présente le changement climatique non seulement comme une crise environnementale, mais aussi comme une grave urgence en matière de droits humains qui affecte de manière disproportionnée les femmes, en particulier pendant la grossesse et la maternité.
Le financement climatique ignore la maternité et le travail de care non rémunéré.
Chaleur extrême, pollution, insécurité alimentaire et les déplacements forcés augmentent les risques de mortalité maternelle, de naissance prématurée et de troubles de santé mentale tels que la dépression et l’anxiété. Pourtant, ces enjeux restent largement absents des mécanismes actuels de financement climatique.
De même, les mères et les aidants non rémunérés constituent la « ligne de front invisible » de la lutte contre le changement climatique, en assurant l’approvisionnement en eau et en nourriture ainsi que la prise en charge des membres vulnérables de leur famille. Néanmoins, l’architecture mondiale du financement climatique ignore systématiquement le travail de soins non rémunéré, se concentrant plutôt sur l’atténuation, les infrastructures et la technologie.
Ces exclusions compromettent les droits fondamentaux à la vie, à la santé, à l’égalité et à la dignité. Seuls 0,5 % des financements multilatéraux consacrés au climat sont destinés à la santé humaine, alors que 90 % des pays ont intégré des priorités sanitaires dans leurs contributions déterminées au niveau national.
Nous identifions quatre obstacles structurels dans le financement actuel climatique:
- l’invisibilité du travail de care dans les cadres de financement
- l’exclusion structurelle des organisations dirigées par des femmes en raison d’exigences d’accréditation complexes
- le recours excessif à des financements fondés sur la dette, qui évince les dépenses de santé publique
- l’absence d’indicateurs permettant de suivre les impacts liés au travail de care
Pourtant, des modèles prometteurs de financement climatique centrés sur le care existent déjà, tels que le Climate & Care Initiative, qui octroie de petites subventions (jusqu’à 50 000 dollars américains) à des organisations de terrain dirigées par des femmes, ainsi que des fonds féministes comme Mama Cash, qui soutiennent les femmes autochtones et les organisatrices communautaires. Ces exemples montrent qu’un financement local, sous forme de subventions, peut répondre efficacement à l’intersection entre adaptation au changement climatique et les responsabilités de soins.
Notre appel à un financement climatique centré sur le Care
Pour combler ces lacunes, MMM propose six principes visant à mettre en place un système de financement climatique axé sur le Care : reconnaître les soins comme une infrastructure essentielle ; promouvoir l’égalité des sexes et la justice en matière de soins ; permettre un accès direct aux organisations de terrain; privilégier les financements hors dette ; intégrer la responsabilité en matière de droits humains ; et mettre en place un suivi efficace s’appuyant sur des données ventilées.
Recommandations de MMM à l’intention des États et des acteurs du financement climatique:
- Intégrer les soins dans les priorités mondiales en matière de financement climatique
- Mettre en avant les soins et la santé dans les décisions de financement
- Intégrer la santé – en particulier la santé maternelle, néonatale et mentale – dans les cadres de planification et d’intervention en matière d’adaptation
- Privilégier les financements sous forme de subventions plutôt que de prêts pour les secteurs de la santé et du Care
- Favoriser les actions menées au niveau local grâce à de petites subventions destinées aux initiatives portées par les soignants
- Réduire les obstacles à l’accès au financement climatique
- Renforcer la collecte de données et la redevabilité
- Assurer la participation significative des mères aux processus décisionnels
Investir dans les mères et les systèmes de care n’est pas un acte de charité, mais une mesure efficace d’adaptation climatique et de protection des droits humains. Nous appelons l’ONU et les États membres à aller au-delà d’un financement « vert » et à placer le care, la santé et la dignité humaine au cœur de l’architecture du financement climatique.
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