30.06.26
Valerie Bichelmeier, Responsable du plaidoyer de MMM aux Nations Unies
ONU Genève – Intervenant dans un événement organisé par Widows Rights International, en marge de la 62ème session du Conseil des droits de l'Homme, MMM à présenté le travail de l'une de ses organisations membres, l'Association des Sœurs Augustines au Burkina Faso. Cette association vient en aide aux mères devenues veuves après avoir vécu des années de violence et de déplacements, en les aidant à reconstruire leur vie dans la dignité et l'espoir.
C’est une crise ignorée qui fait rarement la une des journaux. Depuis 2015, les attentats terroristes dans le nord du Burkina Faso ont provoqué le déplacement de près de deux millions de personnes. Beaucoup ont trouvé refuge à Kaya, une ville située dans le centre-nord du pays, où l’Association des Sœurs Augustines vient en aide aux familles déplacées à l’intérieur du pays depuis 2020.
Pour préparer cet événement, j’ai discuté avec Sœur Marie-Louise Sawadogo, qui dirige les activités de l’Association. Elle m’a expliqué que les femmes et les enfants constituent la grande majorité des personnes déplacées par la violence. De nombreuses femmes ont perdu leur mari lors d’attaques ou parce que ces derniers se sont engagés pour défendre leurs communautés. Bien qu’il n’existe pas de chiffres officiels, elle indique que le nombre de veuves, qui sont souvent de jeunes mères ou des femmes enceintes, a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie.
Le veuvage est déjà une épreuve dévastatrice. Associé au déplacement, il entraîne pour ces femmes, trop souvent la perte de leur logement, de leurs terres agricoles, de leur moyens de subsistance et du soutien de la communauté. Ainsi, de nombreuses veuves se retrouvent dans des abris de fortune ou des camps surpeuplés, où elles sont particulièrement exposées à la pauvreté, la violence et l’exploitation.
L’association soutient les veuves et leurs enfants principalement de deux façons : en veillant à ce que les enfants puissent poursuivre leur scolarité et en aidant les femmes à devenir autonomes sur le plan économique grâce à des cours d’alphabétisation, à des formations professionnelles et à des activités génératrices de revenus. Les femmes reçoivent une formation à des activités telles que la transformation des arachides en huile et en farine, la fabrication de moutarde à partir de graines de néré et la couture ; l’association leur fournit le matériel nécessaire pour commencer à générer des revenus.
Même si les défis restent immenses, ces programmes aident les femmes à subvenir aux besoins de leur famille, à reprendre confiance en elles et à retrouver leur dignité. Ils démontrent également que les femmes font preuve de résilience, d’ingéniosité et sont capables de mener le développement de leur communauté lorsqu’on leur en donne l’occasion.
Selon Sœur Marie-Louise, ces efforts contribuent aussi à une évolution sociale plus grande. Le gouvernement du Burkina Faso a adopté des mesures visant à promouvoir l’autonomisation économique des femmes et des filles, reconnaissant ainsi leur contribution au développement du pays.
Bien que de nombreuses veuves continuent d’être victimes de discrimination, notamment en matière d’héritage, les femmes disposent aujourd’hui de droits juridiques plus étendus qu’auparavant en matière de propriété immobilière et foncière. De plus en plus de femmes occupent également des postes à responsabilité, y compris au sein du gouvernement.
Sœur Marie-Louise témoigne aussi d’une évolution des mentalités au sein de la société. De plus en plus de femmes choisissent de vivre de manière indépendante, remettant ainsi en question les attentes traditionnelles et démontrant qu’elles sont capables de subvenir seules aux besoins de leur famille.
Je ne prétends pas être un expert du Burkina Faso, un pays confronté à une crise complexe, alimentée non seulement par la violence terroriste, mais aussi par des conflits communautaires et la criminalité transnationale. Je me suis contenté de partager le point de vue de Sœur Marie-Louise sur les changements dont elle est témoin à travers son travail à Kaya.
Au milieu d’immenses souffrances humaines – où trop d’hommes ont été tués, trop de femmes sont devenues veuves et trop d’enfants ont été rendus orphelins –, Sœur Marie-Louise voit néanmoins des raisons d’espérer. Les femmes sont de plus en plus reconnues comme des dirigeantes compétentes et des actrices du développement. Les politiques gouvernementales commencent à soutenir leur autonomisation économique, et les mentalités concernant le rôle des femmes évoluent peu à peu.
Ce ne sont là que de modestes lueurs d’espoir au milieu d’une crise humanitaire profonde. Cependant, à mesure que les femmes disposent de davantage de moyens pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, elles pourraient également être mieux à même de contribuer à la construction de communautés plus pacifiques et plus résilientes.

Valérie Bichelmeier et les autres intervenants aux côtés de Zarin Hainsworth, représentante de Widows Rights International et organisatrice de cet événement parallèle
Les témoignages des autres intervenants, originaires de la République démocratique du Congo et du Nigeria, faisaient écho à bon nombre de ces mêmes préoccupations.
Partout dans le monde, les conflits sont à l’origine d’une crise humanitaire largement invisible qui touche les veuves. Des millions de femmes ont perdu leur mari ou vivent dans l’incertitude, sans savoir ce qu’est devenu leur conjoint. Beaucoup doivent surmonter leur chagrin tout en étant confrontées à la discrimination, à la précarité économique et à des pratiques traditionnelles néfastes liées à leur statut marital.
Leurs voix méritent d’être entendues. Leurs droits doivent être protégés. Et leur résilience doit être reconnue – non seulement parce qu’ils sont des survivants, mais aussi parce qu’ils sont des partenaires indispensables à la construction de sociétés plus justes, plus inclusives et plus pacifiques.
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